La sangle avait finit par céder . Nos corps roulaient à présent sur l’asphalte, elle et moi, dans des directions opposées, à une vitesse vertigineuse, et n’en finissaient pas de rebondir sur le béton dans une violence qu’ils ne connaitraient sans doute plus jamais. J’en mourrai ou en garderai une blessure indélébile.
Je pouvais tout voir. J’encaissais chaque frottement qui me décapait le visage, chaque choc qui venait se briser sur mes cotes, je buvais mon propre sang, tandis que je la regardais se démanteler, s’éloigner….
Tout est allé si vite que je n’ai meme pas entendu de cris. Elle avait terminé sa course sur le bas coté, heureusement -j’eu le temps de penser.
Elle était inerte sur le sol, du sang coulait de ses cheveux et dans ma tête raisonnait le bruit des os qui craquent, effroyable. Rien ne nous prédisposait à une projection aussi meurtriere, si ce n’est un coup foireux du destin. où un manque de bol terrible. La douleur qui était jusque là insoutenable, ne l’était plus. Elle me dépassait d’une tête même, ne sentant plus rien, je me laissais doucement perdre conscience..
Pensant mourir dans la minute, en bonne croyante, j’eu comme reflex d’invoquer dieu. Je lui assurais que je n’avais jamais cessé de croire en lui , je lui demandais pardon avant que mon âme ne quitte mon corps, histoire de pouvoir negocier ”après”.
Je trouvais le temps de lire un verset, puis deux puis trois dont je n’avais même pas le soupçon de me souvenir. j’eu aussi le temps de chanter une chanson dans ma tete. de penser à ma mère, à mes amours, à mes emmerdes. à mes fautes terrestres, aux gens à qui j’avais fait du mal, à ceux à qui j’avais fait du bien, à mon dernier flirt, à mon dernier coup, à mon triste sors, à qui viendrait a mon enterrement et à la dernière fois que j’avais fait les soldes.
En fait, j’étais toujours là
Fichtre. Je vais avoir mal.
La violence des ‘impactes avait mangé la moitié de mon visage. J’avais un genou fracturé, le col du fémur en pièces, trois côtes brisées et des égratignures sur à peu prés chaque centimètre du dos et de l’abdomen.
Je me réveillais criblée d’aiguilles, six paires d’yeux m’entouraient, un bon paquet de mines déconfites. J’ouvrais le yeux . C’était tout ce qu’il m’était donné d’ouvrir à ce moment la.
Elle avait survécu. Je ne m’étais pas réveillée pour lire autre chose sur les regards. Elle était en vie.
Soulagement.
Je n’aurais donc pas à m’excuser auprès de ses parents d’avoir survécu à sa place, je n’aurais pas à vivre sans elle mais avec elle pour les trois quarts de siècle qu’il pourrait me rester à vivre, je n’aurais pas à me demander à chaque moment de ma vie-car j’etais bien en vie- pourquoi elle et pas moi.
Je n’aurai pas à vivre de seconde perte de ce genre. égoïste j’usqu’à la pointe des ongles.
En fait, la plus a plaindre des deux, c’était moi. j’étais la plus salement amochée, j’étais celle qui, trop occupée à jouer les spectatrices de sa propre fin, avait le plus pris. Elle s’en était tirée avec quelques points de suture sur le front et un bras dans le plâtre. C’était elle qui arrangeait mes cheveux d’un bras avant les visites.
Quelle horrible injustice. Degeulas.
C’est moi qui parle la, je ne suis pas supposée être la “victime”, mais celle qui aura bien survécu pour mieux en parler.
Elle aurait du mourir pour que je puisse la pleurer dignement, l’écrire avec la verve endolorie des grands dramaturges. Elle aurait du y rester pour que je puisse m’en inspirer et en tirer de bien beaux textes.
L’une de nous deux aurait peut être du partir pour donner une chute à l’histoire digne de ce nom, et ça aurait du être elle, parce que la plus apte des deux a le raconter sous son meilleur jour, soyons honnetes, c’est moi.
Ça ne sera finalement pas une vraie histoire parce qu’elle n’aura pas eu la classe de mourir en bonne heroine de mes futures proses.
Mes os vont finir par se ressouder les uns aux autres, quelques mois a dit le toubib. Mes plaies par disparaitre, ses points sont déjà entrain de se refermer, quelques mois avant qu’on n’oublie cet episode qui aurait du etre heroique, et dont tout ce qu’on pourra retenir , c’est : elles ont échappé au pire…
Médiocre.
Idiote de vie.
