Comment partir? ou plus exactement , comment bien partir?
y’a t’il de meilleures façons de s’en aller que d’autres?
Je n’ai jamais vraiment eu à le faire. Ou du moins, toutes les fois ou j’ai du le faire , je savais que j’allais revenir . Et tous les bouts de moi, même les plus pourris et les plus inutiles, partaient avec moi et revenaient, avec moi. pitoyable.
J’ai bouclé ma valise. enfin. Il a fallu que je la referme et que je remonte bien haut la fermeture eclair pour réaliser que c’etait l’heure. Ça fait des semaines, des mois, que je m’y prepare. une vie entière.
Ça fait trois jours que l’énorme valise que me prête ma mère me regarde, béante, creuse, Imbécile. et je la regarde sans la toucher. les petits jouent au trampoline dessus de temps à autres, tournent les roues des fois pour jouer, inspectent curieusement les quelques objets qui trainent au fond, et repartent.
Au mieux je lui tourne autour de temps en temps, je la tâte du pied, je la déplace pour liberer un peu le passage, puis je retourne m’affaler sur mon lit, replonge dans ma semi lethargie, à perdre du poids et a y laisser filer un nombre incalculable d’heures de vie qui pourraient être mises a profit pour mille et une autre chose, pour dire les choses.
La seule façon de rester là encore un peu c’est de se greffer à ce foutu écran et se faire oublier, tout en existant un maximum de l’autre coté.
Ça fait trois jours que je n’arrive pas à la faire cette satanée valise et que je la garde ouverte exprès, au milieu du bordel dans ma chambre, au milieu des jouets de Neil, au milieu des cartons et du papier craft éparpillé un peu partout, au milieu d’une disaine de paires de vieilles chaussures et de tas de chiffons empilés parterre, sur la chaise, sur le bureau..
J’ai toujours imaginé que le jour ou je partirais j’emmenerais avec moi toute ma vie. A commencer par mes bouquins. mes plus tendres emois. Des photos. un millier de photos de mes gens. tous les objets fetiches poussieureux que je collectionne. toutes mes guenilles pour avoir le choix de temps en temps. Et voila qu’au final, je ne prend qu’une paire de djeans, quelques hauts, deux paires de sandales, des souvetements.
et mon nouvel habit de bal. Ma robe de faucheuse noire, qui pendouille et me nargue a chaque fois que je passe devant.
J’ai aussi pris ma tasse preferée, mes soins pour le corps et ma brosse a dents. Mon appareil photo ,comme si tu allais en vacances, idiote, mon lecteur mp3. Ah oui, et les epices savamment etiquetées par maman. la bouteille d’huile d’olive achetée par maman. les tupperwear servant de mini garde manger de maman, et les recettes pour cuisiner facile de maman.
Pas ma guitare, pas le griffon de yosr ou elle me cite Salinger, relegué au fond du tiroir. pas mes vieiilles converses.
Et je me cache.
Autant que le telephone qui ne cesse de sonner.
Aussi forte que soit mon envie de prendre cet avion, je déteste les au-revoir. je m’en rend compte. je déteste les coups de fils cérémonieux, les voix de circonstance, les mines d’usage. je deteste le foin qu’on leur fait, les rituels autour, les jeux qu’on y consacre et l’émotion du depart qui ne demande jamais la permission d’entrer.
Je prefere les pots joyeux, les rencontres bruyantes, les blagues pourries. je prefere vivre tous les moments pareils, identiques , ou pas.
Demain je vois l’andouille qui me retourne la tete et le ventre a chaque fois qu’il me parle. je vais le voir quelquepart entre deux jours, entre deux mondes, entre deux vies.
Ou pile a la ligne qui sépare mes deux vies.
C’est comment une nouvelle vie d’ailleurs? ça vit de quoi? ça part d’ou? est-ce que le monde y fonctionne pareil?
J’improvise. écrire a cet instant n’est autre qu’une enième esquive pour ne pas avoir a faire ce qui doit etre fait avant demain soir.Je me mord le coté gauche de la levre comme a chaque fois que je m’auto-stresse.
Je me sens nombril tout a coup. Le monde a cet instant tourne autour de Je. Je la veille d’un depart tant attendu. Je qui s’apprete a troquer sa vie contre son reve. Je qui vient de ranger au fond du tiroir du bas du bureau tout les monceaux de vie precieusement stockés , Je qui quitte son coeur pour aller retrouver ses esprits.
Joie.Angoisse.
Joie.angoisse.
Joie.angoisse.
Demain la journée sera très courte. Demain.
