Il ya toujours un moment ou l’on ne voit plus la beauté. Ce qui nous éblouissait un jour, finit par s’éteindre, tôt ou tard. Soit à force d’habitude, soit par une coquille qui sonne creux, aussi brillante fut-elle.
La belle , n’avait hélas aucune discussion. Aucun sens de l’humour. Aucune autre présence que ses douces manières et son beau visage. Sa conversation se limitait au récit de ses malheurs qu’elle égrenait au fil de nos échanges, quand bien sûr il lui arrivait de parler.
Au bout de quelques semaines nous connaissions par-cœur tous ses déboires, tous les drames de sa vie triste et malheureuse, chaque detail de son mariage désastreux. toutes les misères que lui avait fait endurer son ivrogne de mari. Ce qui, à force, sonnait comme un mauvais refrain.
Il suffisait qu’elle pointe le bout de son nez pour que l’humeur générale vire au gris.Parfois au marron.
D’autant plus qu’à chaque fois que l’une de nous s’aventurait à essayer la faire sourire, ou de lui remonter le moral, c’était l’échec assuré. On nous servait à tout les coups de la soupe à la grimace, ou du caca boudin. Elle semblait même s’en renfermer d’avantage.
Sa compagnie devenait usante pour nous. Non, en fait ce n’était plus possible de continuer à supporter un tel boulet.
Il fallait réfléchir, et vite, à la façon dont nous allions nous débarrasser de notre sainte croix.
Ne plus répondre au téléphone aurait été chose veine, vu qu’elle nous aurait rattrapées dans tous les coins où nous avions nos habitudes. Sacrifier nos cafés préférés n’était pas non plus une solution, trop cher payé pour décrasser cette chose qui était devenu une sangsue se servant droit dans nos existences, à meme la source.
C’était comme si elle pressentait la venue d’un coup dans le genre, car les conversations se mirent à tourner soudainement , autour de la solitude, de l’amitié trahie, du suicide, de la mort. Le joli cœur nous menaçait implicitement de mettre fin a ses jours si on avait dans nos intentions de la laisser tomber.
Elle s’employât à faire de nos cafés rituels un veritable calvaire, tout en usant de sa gentillesse et de ses belles manieres.
Elle ne nous appelait même plus pour nous rejoindre.
Nous arrivions, elle était la, elle nous attendait sagement, nous souriait de loin comme mère à ses enfants, attablée à notre table, le cul sur nos sièges, avec son inexpression, et son petit café auquel elle ne touchait pratiquement jamais. Et si par bonheur elle n’était pas déjà la, le bruit du moteur de tardait pas à se faire entendre.
On ne savait plus ou fuir. Elle nous prenait à notre propre piège. elle nous tenait, de fait.
Comme changer de coins préférés, de numéros de téléphones d’amis,de vie, était impensable, nous restait le choix entre la pousser du haut d’un ravin ou la laisser poliment mettre ses menaces médicamenteuses à exécution.
