Huit heures du soir. spleen de Paris.
Putain de Spleen. Allez expliquer à tous ces empotés qui s’offusquent devant votre acharnement à vouloir partir, les raisons de votre entêtement. Allez transposer devant leurs yeux les images qui ne vous ont jamais quitté, emmenez les rue mouftard, portez les sur le carrousel de la bute montmartre…ouvrez leur les yeux a cinq heure du matin sur un paris à moitié endormi, a moitié éveillé, celui des amants qui se séparent , des vieux qui pissent contre les réverbères, des clodos qui fument leur derniere cigarette de la nuit..celui des chuchottements dans la voiture pour éviter de vous reveiller alors que vous avez deja les yeux rivés sur le ciel bleu violet, et le coeur qui bat la chamade…
Portez à leurs oreilles la musique que vous entendez quand vous fermez les yeux, pas les talons aiguilles de blanche mais le marché du dimanche de la place des fêtes. pas l’accordéon du bal musette mais le bruit des autos sur le perif et les eclats de rire qui animaient la petite auto.. essayez donc..essayez..
Allez leur faire comprendre que vous êtes un puzzle dont il manque des pièces . Que vous en avez marre de laisser filtrer la lumière à force d’être ébréché, que vous n’en pouvez plus de vous languir, que vous avez besoin d’embrasser vos songes une toute dernière fois avant de passer votre chemin pour la vie…
Mieux, Allez vous expliquer à vous-même, pourquoi vous n’avez vécu que pour revoir une rue, une terrasse de café, un kiosque à journaux . Ca n’a aucun sens, les nigots vous le diront bien . . Expliquez leur alors , Que ce n’est pas la soif de partir qui vous anime, mais la soif de repartir. …expliquez leur que vous poursuivez un vieux souvenir, sans passer pour une aliénée au bord du désespoir..
Vous aurez beau dire et répéter que vous n’avez que faire des problèmes politiques, que vous vous en badigeonnez le nombril que Paris n’est plus ce qu’il était, que vous vous en fichez que la vie y soit hors de prix, cela vous sera aussi inutile que d’ouvrir votre coeur avec un cutter pour leur faire voir ce qu’il ya dedans. Quand ce que vous recherchez n’en a pas, de prix, quand tout ce à quoi vous aspirez est de danser une dernière fois sur la trace de ce qui a été un instant de bonheur dans votre toute petite vie..
Je regarde des photos , je les ramasse pêle-mêles comme on ramasse les restes de vieilles amours. Nostalgie et amertume d’une belle histoire passée. On ne reconquiert pas paris, pas plus qu’on ne regagne le cœur d’un ancien amoureux. Un Paris perdu est un paris perdu à jamais.
Je baisse les bras. J’abandonne cette fois. Je n’essaierais pas de revenir. Je verserais ma dernière larme du fond de mon lit et continuerai de ressortir les vieilles photos lorsque ça me manquera.. Je rêverais à tes vieilles choses, à tes grands espaces et à moi toute petite ouvrant grand les bras , aux moineaux qui piaillent, à nos longues discussions, et aux rampes des escaliers géants.
J’aurais du baisser les bras il ya longtemps. J’aurai du arrêter de te regarder à travers les vitres embuées de la voiture, j’aurais du bouger mon arriere-train de devant la fenêtre du troisième étage et réatterir. j’aurai du reéteindre les lumières qui vacillent à la tombée de la nuit, les vitrines qui brillent et la neige. J’aurai du oublier ta voix et tes mots . J’aurai du oublier qu’un jour j’ai été enfant et à quel point tu m’as aimée. J’aurai du me rendre compte qu’à chercher à partir c’était toi que je voulais retrouver. J’aurai du réaliser que Paris etait mort avec toi.. je ne pourrais pas expliquer a tous ces gens que je ne pars au fond que pour te faire revivre, pour comprendre, pour retrouver.
Je me contenterais de ravaler mon chagrin et ma colère, je me contenterai de faire ce que je sais faire de mieux, écrire puis oublier.
Il faudrait chercher le monsieur qui garde la clé de Paris et lui faire lire ces quelques mots, afin qu’il comprenne.
petit prince petit prince