
Premières heures sur la planète Arabie.
Je suis à des années lumières de Tunis. dans tous les sens que peut suggérer le terme.
Le premier contact avec le pays est un choc pour le moins, violent; au-delà de tout ce à quoi j’avais pu me préparer ces dernières semaines.
D’emblée prise à la gorge par l’austérité des lieux, des mines, Tout me semble jaune et triste. Un plongeon dans l’aigreur d’un pays où la beauté est honteusement cachée, rejetée.
Nous sommes reçus par les autorités locales, et nous n’avons pas l’air d’être les bienvenus. Une Bande de jeunes un peu trop à l’aise à leur gout surement, qui débarquent mélangés, qui parlent fort, qui rient sans vergogne, qui se touchent au vu de tous, les bras, les mains, Un groupe mixte…Des Tunisiens, sans aucun doute! lit-on dans leurs yeux. des Tunisiens qui ne connaissent visiblement pas encore les règles. Le premier policier qui choisit l’un de nous au hasard et lui demande une pièce d’identité annonce la couleur, et nous sépare. Les hommes dans une queue, les femmes dans l’autre. On a soudain peur de nous regarder. Hostiles ambulants, leurs regards méfiants sur nous, me dérangent et je baisse instinctivement les yeux.. pas de mélange des sexes, on se tient prêt à vous rappeler a l’ordre , pas que du regard.
Particulièrement les femmes.
Istanbul, quittée quelques heures plutôt, son orgie de couleurs, ses parcs chatoyants ,ses vieilles ruelles , ses lumières et ses sourires à chaque coin de rue, est déjà tellement loin…
Ici, j’ai l’impression que c’est un pays amputé de sa joie de vivre. la gente locale, essentiellement composée de visages d’hommes, semble avoir consenti a subir une ablation collective du sourire. des visages foncés, pas beaucoup de couleurs, aucune chaleur humaine, en dépit de la chaleur elle même. La tension est palpable.
Ou alors ça doit être moi.et cette laideur ambiante qui ne m’aide pas a me sentir à l’aise. Je me monte le bourrichon contre ce monde que je ne connais pas encore. je suis a fleur de peau et mes nerfs sont a vif.
« WARNING: Death is the punishement for drugs holders », Indique en gras, en lettres rouges le panneau accroché au pilier en face de moi.
Le cauchemar. Sous mes yeux horripilés apparait le spectre des peines capitales, des exécutions publiques de la torture, de la mort provoquée, et non, je ne regarde pas envoyé spécial cette fois. je suis pétrifiée. Moon, tu me manques.
On aurait pu attendre que je vois autre chose du pays , je voudrais, je supplierais pour qu’on me ménage, nom de dieu, j’ai peur. Et bien non, on me prend d’assaut avec des attentats verbaux et du terrorisme légal. Je me demande à voix haute ce que je fais ici, dans un pays ou on me menace de mort. “Al 9atl”, qui ne signifie pas mort, mais meUrtre, le meurtre est la punition de celui qui transporte ce qu’on considère ici comme étant de la drogue,
et ce n’est pas dit qu’on ait la meme conception des choses, car drogue ici veut aussi dire anxiolitiques, amphétamines, et que sais-je encore…
Quand bien même ça aurait été le cas, Porter atteinte a la vie, menacer de meurtre, j’en suis meurtrie jusque profondément dans ma chaire.
A la douane, où l’on fait de plus en plus tache, des hommes. la police, des hommes, dans la queue, des hommes, et quelques ombres, des femmes. Un pays d’hommes . je cherche désespérément une courbe, une jolie main, un poignet, du parfum de femme. …
Une voix d’homme lit les annonces depuis des heures. Aucune voix feminine. pas de melodie non plus. juste cette voix d ‘homme lancinante, qui joue aux flipper avec mes nerfs.
Nous sommes depuis bientôt Cinq heures ici, coincés à attendre qu’on nous délivre des visas d’entrée.. qu’on vienne nous chercher. Personne ne vient . je prierais presque pour qu’on nous renvoie chez nous.
Nous sommes Extenués. Je suis Exténuée, seule et morte de peur. Une seule envie. hurler, remonter dans l’avion qui m’a emmené ici, retourner me cacher dans tes bras. Pleurer, t’embrasser, te toucher récupérer ma vie d’avant.
Je n’aime pas cet endroit, je n’aime pas cet endroit…
« Du calme ma fille, du calme » dirait hassine. Mon inimitié envers les lieux est surement accentuée par la fatigue , l’apprehension..le cumul d’émotions, la peur de l’inconnu aussi..je me sens extrêmement susceptible et antipathique aux choses qui m’entourent.
Le temps est long. je ne sais plus depuis combien d’heures je suis ici. Des heures de masturbation mentale et de combat intérieur sanglant pour m’empêcher de céder a la panique et à mes premières impressions, “WARNING: Death is the punishement for drugs holders “, Me fait des pieds de nez, et ne m’aide pas du tout.
On est a nouveau rassemblés, dans une salle annexe, ça nous rassure, on se détend. jusqu’à ce qu’apparaisse enfin la personne en charge de nous accueillir et de nous obtenir nos visas.
Enfin un sourire, un visage amical. On vient nous chercher.
Nous chercher? uniquement « El 7arim », nous dit-on. Les femelles.
L’homme , un égyptien amusé devant nos mines déconfites, nous demande gentiment de le suivre à travers un long couloir, dans un bureau, loin des regards. Un bureau ou se trouvaient trois hommes. Je ne supporte plus de voir des hommes. Je virerais paranoïaque. on nous a menti. on a l’intention de nous violer,de nous vendre, nous torturer à mort. La fatigue et l’incertitude vous dessinent de ces scénarios parfois.. Les filles semblent étrangement à l’aise, naïves, et stupides -je me dis.
Ils leur propose de fumer, elles allument tranquillement leurs cigarettes, plaisantent , discutent, minaudent , battent des cils.. On nous apporte à boire, on nous donne des consignes utiles à la vie ici, et les numeros à contacter en cas d’urgence, les cas d’urgence semblant etre chose fréquente. Je me renferme. Je me transforme en Vampire. Je me sens prise dans un piège qui se referme. On me donne un formulaire à remplir, ou je dois préciser si je porte le voile ou pas, si je suis de confession musulmane ou pas, si je suis accompagnée de mon mari ou pas.. et en gras, en rouge, tout en haut “WARNING: Death is the punishement for drugs holders”…
Ce pays ou je débarque a peine, et moi sommes décidément irréconciliables.
Une ou deux heures encore, peut être plus, et délivrance, enfin. on passe la douane. Il y a de la vie dehors. du bruit. je suis soulagée.
C’est surréaliste, tout ce que je vois. Je me demande si je ne suis pas qu’une idiote pré-conditionnée, bourrée de préjugés et d’idées reçues, qui ne voit que ce qu’elle a envie de voir, et dont le sens critique est serieusement alteré et décline un peu plus a chaque heure passée ici. je me demande si l’imagination trop fertile n’est pas plus un signe de bêtise que d’intelligence, je me demande s’ils sont tous aussi hideux ou si c’est juste la police locale, je me demande quand est ce que je vais te revoir et si je vais te revoir.
La discrimination me choque ici .elle est effective, flagrante, elle ne m’a jamais parue aussi abérrante. Et pas que celle des femme.
La population Asiatique ici, semble avoir été assignée aux taches d’en bas. Bengalis, Philippinais, Srilankais, Indiens, Indonesiens, de ceux que je reconnais, sont a un peu comme les esclaves du pays. Ils se tiennent en meute, nous regardent, et se ruent sur nos bagages, nous proposent discrètement de leur acheter des puces téléphoniques, s’occupent du ménage,nous talonnent et nous envahissent. On ne voit qu’eux, et leur condition misérable. Certains sont nus pieds, ils se déplacent tres vite, sont partout ou se pose le regard. Une véritable caricature vivante des pays de l’or noir et de ce qui y reigne. C’est la première fois qu’une réalité rejoint d’aussi près mes lectures..
Je ne m’étais pas rendue compte depuis tout ce temps que je n’étais qu’à la douane. Tout s’amplifie a une vitesse vertigineuse quand On laisse a la peur le temps de s’installer. Dehors, des gens discutent, vont et viennent, des lumières, de l’agitation, un peu d’air, je me calme enfin , mais toujours en alerte, toujours envie de pleurer.
Tout ce que je sais, c’est que j’e suis loin de : ”WARNING: Death is the punishement for drugs holders” que je ne revois nullepart d’ailleurs… Je m’imprègne, j’essaye malgré tout.
A l’intérieur de moi, je vous parle, comme je l’ai toujours fait.j’écris. et, plus que jamais. je vous porte en moi, je vous raconte l’angoisse de ce que je viens de vivre, j’essaye de retenir chaque détail pour ne rien oublier, en même temps que mon souffle et mon courage. Je débarque au pays des barbus pétés de tune. l’aventure ne fait que commencer..
Nb: la premiere chose que je fis en arrivant apres avoir deposé bagage, était de compléter ces lignes, que j’avais commencé a écrire pendant l’attente a la douane, je me hâtais de sauver mes premières impressions avant qu’elles ne filent a jamais, car elles changent, tout change, tellement vite…heureusement ..